Le marché français des voitures à hydrogène tient en deux modèles. Deux seulement. Le Hyundai Nexo et la Toyota Mirai. C'est peu, objectivement — et c'est déjà beaucoup par rapport à 2018, quand le choix se résumait à "commande spéciale ou rien". Si vous envisagez sérieusement un véhicule à pile à combustible, vous passerez donc par cette comparaison. Voilà le tour d'horizon le plus complet possible, en partant des chiffres et en finissant par les réalités d'usage.
Deux philosophies, deux formats
La différence la plus immédiate est la plus évidente : la Mirai est une berline, le Nexo est un SUV. Ce n'est pas anodin. En France, le SUV représente désormais plus de 45 % des ventes de voitures neuves. Hyundai a choisi le bon format pour maximiser son attrait commercial.
La Mirai mesure près de 4,97 m de long, 1,49 m de haut. C'est une grande berline aux lignes tendues, clairement positionnée premium. Le Nexo est plus compact en longueur (4,67 m) mais plus haut (1,64 m), avec une silhouette de SUV familial. Concrètement : en Mirai, les passagers arrière sont dans une berline de luxe. En Nexo, la famille s'y installe plus facilement.
Côté coffre, l'avantage va au Nexo : 461 litres contre 321 litres pour la Mirai. La berline Toyota souffre de l'emplacement des réservoirs, qui empiètent sur l'espace de chargement.
Les chiffres qui comptent
Quelques données pour cadrer la comparaison. Ces chiffres sont ceux communiqués par les constructeurs et généralement confirmés par les essais presse :
Toyota Mirai (2e génération) : autonomie WLTP 650 km, capacité réservoirs 5,6 kg H₂ à 700 bars, puissance 128 kW (174 ch), propulsion arrière, prix catalogue autour de 67 000 euros (hors bonus/aide).
Hyundai Nexo (restylé 2023) : autonomie WLTP 666 km, capacité réservoirs 6,33 kg H₂ à 700 bars, puissance 120 kW (163 ch), transmission intégrale disponible sur certaines versions, prix catalogue autour de 69 000-75 000 euros selon finition.
L'autonomie théorique est quasi identique. En usage réel, les retours d'utilisateurs et tests indépendants donnent un léger avantage au Nexo en été (560-600 km observés) et une meilleure résistance au froid. La transmission intégrale optionnelle du Nexo est un vrai argument dans les régions montagneuses.
Habitacle et technologie embarquée
La Mirai joue la carte premium sans retenue. Finition soignée, matériaux qualitatifs, grand écran tactile Toyota (12,3 pouces) avec navigation intégrée, affichage tête haute à réalité augmentée. L'ambiance intérieure est proche d'une Lexus — ce qui est cohérent puisque les deux partagent la même plateforme GA-L.
Le Nexo n'est pas en reste. L'écran central mesure 12,3 pouces, le combiné d'instruments est entièrement numérique, et les aides à la conduite sont particulièrement bien développées : le Nexo dispose d'un système de stationnement télécommandé depuis le smartphone et d'un affichage des angles morts dans les rétroviseurs numériques, une fonctionnalité appréciable en manœuvre.
Points communs : les deux intègrent des systèmes de filtration de l'air extérieur (HEPA pour le Nexo, système multicouche pour la Mirai) qui purifient l'air ambiant pendant la conduite. Ce n'est pas un gadget marketing — la pile à combustible a besoin d'un air propre pour fonctionner correctement, et le sous-produit de cette filtration est effectivement une légère purification de l'air intérieur.
Le plein et l'infrastructure : la même réalité pour les deux
C'est la grande équivalence : les deux voitures souffrent exactement du même problème, le manque de stations publiques en France. La compatibilité des protocoles de remplissage est identique (norme SAE J2601, pression 700 bars) — n'importe quelle station H₂ pour voitures accepte indifféremment les deux modèles.
Concrètement, peu importe laquelle vous achetez, vous roulez dans le même réseau de contraintes. La question de l'infrastructure est donc neutre dans ce comparatif — elle pèse de façon identique sur les deux modèles.
Le prix et les conditions réelles d'acquisition
À 67 000-75 000 euros, les deux modèles sont dans le segment premium. Mais peu d'acquéreurs les paient au prix catalogue. La plupart des transactions se font en leasing longue durée, souvent avec des offres constructeur qui incluent ou subventionnent le carburant.
Les collectivités et entreprises bénéficient de conditions d'achat spécifiques, de suramortissements fiscaux et d'aides ADEME selon les projets. Pour les particuliers "purs", le modèle économique reste difficile à justifier par rapport à une berline électrique équivalente, sauf situation géographique très favorable (accès facile à une station, gros kilométrage).
Une dimension souvent oublie : la valeur de revente. Le marché de l'occasion des véhicules H₂ est embryonnaire en France. Les Mirai de première génération se revendent à des prix très faibles, ce qui traduit une incertitude sur la pérennité du réseau de stations. Les acheteurs actuels de neuf prennent ce risque en connaissance de cause — ou l'ignorent.
Fiabilité : deux constructeurs sérieux, deux approches
Toyota a la plus longue expérience : des Mirai de première génération roulent depuis 2014-2016, notamment dans des flottes de taxis intensives. Le bilan est globalement positif sur la fiabilité mécanique, avec des problèmes qui tiennent davantage au réseau de stations qu'à la voiture.
Hyundai n'est pas en reste : le constructeur coréen développe des piles à combustible depuis les années 1990 et déploie des flottes de camions Xcient à hydrogène en Suisse depuis 2020, avec des retours solides sur la durabilité. Le Nexo bénéficie de cette expérience industrielle.
Le verdict selon le profil
Pour une famille avec enfants ou un usage régulier de l'espace de chargement : le Nexo, sans hésitation. Le format SUV, le coffre plus grand, la transmission intégrale disponible — tout joue en sa faveur.
Pour un conducteur solo ou couple, gros rouleur autoroute, sensible aux finitions premium et au comportement routier d'une berline : la Mirai. Sa plateforme Lexus lui confère un comportement dynamique légèrement supérieur, et son intérieur est difficile à battre dans cette gamme de prix.
Pour tous : vérifiez d'abord la carte des stations disponibles dans votre secteur. C'est la condition préalable à tout. Sans station accessible, la question du modèle est secondaire.